Le passage biblique que j’aime méditer le plus à l’approche de Noël place l’humilité au coeur de cette fête. Ainsi, ce Noël, je m’émerveille devant l’humilité de Jésus, aspirant moi-même à en avoir davantage. Je citerai le texte en question dans un moment.
Mais pour commencer, on doit soulever deux problèmes. Tim Keller met le doigt sur l’un d’entre eux lorsqu’il dit que « l’humilité est très timide. Il suffit de commencer à en parler et elle s’enfuit ». Il semblerait donc qu’une méditation comme celle-ci sur l’humilité soit vouée à l’échec. Néanmoins, lorsqu’ils sont bien traités, même les gens timides pointent par moment le bout de leur nez.
Le second problème est que Jésus n’était pas humble pour les mêmes raisons que nous le sommes (ou devrions l’être). Comment donc est ce que l’examen de l’humilité de Jésus à Noël peut-il nous être utile ? Notre humilité, s’il en existe un tant soit peu, est basée sur notre finitude, notre faillibilité et notre condition de pécheur. Mais l’éternel Fils de Dieu n’était pas limité. Il n’était ni faillible ni empreint de péché. Ainsi, contrairement à notre humilité, celle de Jésus trouve son origine ailleurs.
Voici le passage que je préfère pour Noël. En le lisant, prenez soin d’observer l’humilité de Jésus :
Existant en forme de Dieu, il n’a point regardé son
égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais
il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de
serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et il a
paru comme un vrai homme, il s’est humilié lui-même,
se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la
mort de la croix (Philippiens 2.6-8).
L’humilité de Jésus c’est avant tout un acte délibéré de revêtir un rôle de faiblesse, celui de serviteur, pour le bien d’autrui. Son humilité est définie par des phrases telles que :
… il s’est dépouillé lui-même [de ses droits divins à être libre d’abus et de souffrance]…
… en prenant une forme de serviteur…
… se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
Ainsi, l’humilité de Jésus n’est pas liée à la finitude, à la faillibilité ou à une condition de pécheur, mais plutôt à la perfection infinie, à la vérité infaillible et à la liberté de tout péché. C’est pour cette raison qu’il n’avait pas besoin d’être servi. Il était libre et rempli d’humilité au-delà de toute mesure dans le service.
Un autre passage de Noël qui exprime cette même pensée est Marc 10.45 : « Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup. » L’humilité de Jésus n’est pas un sens de manque en lui-même, mais un sens de plénitude mis à disposition des autres pour leur bien. C’est un abaissement volontaire de lui-même afin de rendre l’étendue de sa gloire disponible à des pécheurs, pour leur plaisir.
Jésus fait le lien entre son abaissement à Noël et la Bonne Nouvelle pour nous : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur ; et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger » (Matthieu 11.28-30).
Son humilité rend l’allègement de notre fardeau possible. S’il n’était pas humble, il n’aurait pas été « obéissant jusqu’à la mort, même la mort de la croix ». Et s’il n’avait pas été obéissant jusqu’à mourir pour nous, nous serions alors écrasés sous le poids de nos péchés. Il s’humilie lui-même pour porter notre condamnation (Romains 8.3).
Nous avons à présent plus de raisons qu’auparavant de faire preuve d’humilité. Nous sommes limités, faillibles et pécheurs et donc n’avons aucun fondement pour nous enorgueillir. Voyons maintenant d’autres aspects qui nous poussent à l’humilité : notre salut ne dépend pas de nos oeuvres, mais de sa grâce. Ainsi, s’en vanter est exclu (Éphésiens 2.8,9). Et la manière dont il opère ce salut gracieux est à travers son abaissement propre, volontaire et délibéré par l’obéissance même d’un serviteur, jusqu’à la mort.
Ainsi, sont ajoutés à notre finitude, notre faillibilité et notre nature pécheresse, ces deux autres éléments grandioses à l’oeuvre pour nous rendre plus humbles : la grâce libre et imméritée, base de toutes nos bénédictions, et un modèle de service désintéressé et sacrificiel, qui prend volontairement la forme d’un serviteur.
Nous sommes donc appelés à nous unir à Jésus dans ce service délibérément désintéressé. « Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé » (Matthieu 23.12). « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus... » (Philippiens 2.5.)
Prions que durant ce temps de l’Avent, cette « vertu timide » – l’énorme fondement de notre salut et de notre service – pointe le bout de son nez depuis son lieu tranquille et nous accorde les vêtements d’humilité. « Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » (1 Pierre 5.5).
